De l’analyste symptôme à l’analyste sinthome : Ponctuations (FEP)

« Sinthome est le mot, á mon avis, le plus approprié pour refléter, en espagnol, la notion introduite par Lacan – par le néologisme sinthome- dans son Séminaire 23 ». 

Ce terme rend compte d’un phénomène psychique qui. Depuis sa nomination même, se rapproche et s’éloigne du symptôme. Lacan (Université de Yale, 24/11/75) va dire qu’un tel mot existe dans les incunables, « j’ai trouvé cette ancienne orthographe dans le Bloch et von Wartburg…. Cette orthographe n’est pas étymologie, elle est toujours en voie de réfection ».

Qu’est-ce que réfection ? Le mot s’insère dans le faire, en impliquant de « rétablir, refaire, réparer, mettre à nouveau ». Et du point de vue littéraire, il comporte une modification d’une forme linguistique issue de l’évolution normale. Autrement dit, il ne s’agit pas alors de l’érudit, mais de revitaliser, de rétablir… Quoi ? …un parcours ouvert : Du symptôme au sinthome. Et bien, dans une telle perspective, voici quelques-unes des conséquences que je peux en tirer : 

Une question qui s’en dégage est que dans une nomination différentielle, cela comprend la tentative de considérer des constellations différentes, qui ne peuvent pas se confondre, car il y a une, différenciée, qui s’installe, pour laquelle Joyce et son œuvre supportent l’artifice d’une novation psychanalytique. C’est par le biais clinique de l’analyste-symptôme á l’analyste-sinthome, par sa position dans la cure, que cela est transférentiel, comme il est su. 

Ça va de soi que la pratique poïétique de l’analyse encourage –tel que son nom le signale– à décomposer pour recomposer ce qu’on arrive à dénouer en analyse, et sa reprise. 

Je pense alors que l’analyste peut arriver à mettre en acte son « savoir-y-faire-avec » ce qui a déterminé sa condition de symptôme de l’analysant : avec les mêmes éléments pour arriver à inventer une autre chose. Il s’agit d’une mise en acte du langage particulière, dans ses dimensions RSI, de la part de l’analyste. Comment ? Pour commencer, je dirais qu’à la manière de Lacan, avec l’introduction de la notion de lalangue. C’est-à-dire de traiter tout vocable de la langue d’après le mode vérifié en acte par cette nomination. Certes, cela est cause et conséquence du passage de l’analyste depuis la condition de symptôme vers celle sinthome. D’autre part, prendre en charge ce qui conforme l’objet pulsionnel –dans son statut fantasmatique prévalent- de l’analysant, duquel il essaye de se dégager pour se constituer, mais qui véhicule, en même temps, le noyau de son être. Donc, ce « savoir-y-faire-avec » vise d’additionner ou de supplémenter un noyau de jouissance non parasitaire, devenant ainsi non renonçable. 

Or bien, en principe il s’agit d’une névrose de transfert qui se constitue entre deux que se parlent : quelque chose de créatif et de nouveau, avec l’analyste à la place de l’objet, point central, ou mieux encore, comme je dirais pour situer cliniquement la question, l’analyste pris en moquerie : « je ne veux pas l’avoir, mais je ne peux pas vivre sans lui ».

En effet, le statut du symptôme est, parmi d’autres possibilités, celui de quelque chose-quelqu’un qui résulte insupportable et que le Réel du symptôme rend récurrent. Il ne peut que se confronter á ce qui insiste á ne pas fonctionner, qui ne cesse de ne pas s’écrire, qui semble une sorte de caprice, quelque chose d’imprédictible, d’ingouvernable. 

D’ailleurs, il ne serait pas possible d’attraper ceci avec les ouïes – l’ouïe en question est quelque chose que nous pouvons appeler « le non-assimilé du symptôme par le sujet. » C’est-à-dire ce qui n’existe que par ce qui est ouï et qu’on ne veut pas ouïr, dans la tentative de contrecarrer l’évidence originelle de cette douleur d’exister –jouissance partielle, limitée-tamponnée par des rivalités œdipiennes, le sinthome servant d’antidote á tout cela. Je disais, alors, que cela ne serait pas possible sans le soutien de la part de l’analyste, en mettant en acte sa condition transitoire de symptôme qui accompagne, en plus, tout symptôme intercurrent de l’analysant. Plutôt, comme il est possible de détecter la pertinence de la notion freudienne correspondant à la névrose de transfert en tant que substitut et relève nécessaire de la névrose clinique, Lacan dira aussi que l’analyste se trouve dans une sorte de moment de transformation, de changement. Pendant un bref instant, on a pu percevoir ce qui serait l’intrusion du Réel. L’analyste y en soustrait (prend, puise). Cela s’y trouve comme un symptôme, et ne peut durer qu’au titre de symptôme.

Aussi, le référé cherche à consigner le caractère insurmontable de l’ainsi dit transfert négatif dans la cure, surtout en ce qui se rapporte à son aspect imaginaire et « agressivisant », en rendent compte de cette manière de l’homogénéité entre l’Imaginaire et le Réel.

Clairement, cela ne sera pas possible sans la participation de l’analyste là-même, pris en moquerie, comme ce qui ne peut pas être digéré, « vous me faites souffrir par votre incompréhension », mais « sans vous je ne peux pas vivre », ou « je voudrais vous quitter, mais sans vous je ne peux pas vivre » … Cela est proféré par de différents analysants dans certains moments limites d’une analyse, ce qu’après coup se révèlera être crucial. En effet, à partir de ces manœuvres, l’analyste en question peut arriver à mettre en acte son savoir spécifique, savoir-y-faire-avec,parce que la moitié du symptôme est ce que l’analysant apporte, mais l’autre moitié est rendue analysable par l’opération de l’analyste, sans quoi il n’y aurait pas de symptôme, dans la ligne de : « Sans moi, le symptôme ne finit pas ». Avec « en finir », évidemment, on ne vise pas le sens d’une thérapie symptômale, mais à lui donner sa propriété intrinsèque de réussi. 

De sa part, Lacan insiste sur ce que j’appelle symptôme à ce qui vient du Réel, et ceci parce que c’est la condition déterminante –le Réel- du sens du symptôme. Il s’agit donc d’êtres parlants rongés, mordus, corrodés par le symptôme. 

Il est question alors de soutenir la place de ‘analyste comme un symptôme de l’analysant dans la cure -question sur laquelle R. Harari avance dans la quatrième du Réel- en le proposant comme un moment logique qui précède le positionnement du psychanalyste sinthome. Proposition articulée à : 1) Ce qui revient toujours à la même place, 2) l’impossible, 3) le symptôme. 

Par l’importance que cela semble prendre, c’est la manière dans laquelle se dessine une question fondamentale, par laquelle le sinthome va atteindre sa définition, avec une notion cruciale : « mais pas ça ». C’est précisément dans cette négative que réside la manière de dire « non » à la demande de l’Autre. Il ne faut pas oublier, à ce propos, que la condition névrotique d’avoir affaire à son symptôme montre la facilité extrême pour lui dire oui. 

Pour le dire autrement, le « mais pas ça » véhicule la limite non névrotique face à la demande de l’Autre, ainsi que la limite face à la position sacrificielle jouissante et immolante maintenue, par exemple, ou par l’esclave timoré, ou par la princesse de pacotille.

Le sinthome permettra de s’en passer des Noms du Père, à condition de s’en servir. C’est l’invention, l’effet du bien dire. Si le sinthome n’est pas analysable, les conditions qui l’ont rendu possible le sont. Dans Moment de conclure, la visée est la fin d’analyse. “La fin d’analyse, c’est quand on a deux fois tourné en rond, c’est-à-dire retrouvé ce dont on est prisonnier ». La question est de faire le retour avec une différence, de cette transformation opérée dans et sur ce qui a donné origine au symptôme.

Pour conclure :

Il faut ici faire attention á la question de la main-œuvre de l’analyste par rapport à ce laisser écouler l’invention, ne réduisant pas l’équivoque de manière de le recycler dans l’ordre Symbolique, car cette jouissance inventive du savoir produit est ce que nous pouvons ouïr dans son dire –de forme similaire à l’écrit de Joyce. Car « cette jouissance est la seule chose que nous pouvons attraper dans son texte, où s’y trouve le sinthome » dira Lacan. 

1 R.Harari, La pulsión es turbulenta como el lenguaje. Ensayos de psicoanálisis caótico, del Serbal, Barcelone, 2001, p. 20

2 J.Lacan, Séminaire 24, L’insu, cours du 16/11/76, inédit

3 Caractère, nature, propriété, situation dans laquelle se trouve le chose. Situation ou circonstance indispensable pour l’existence d’une autre chose. 

4 R.Harari, Palabra, Violencia, Segregación y otros impromptus psicoanalíticos, Catálogos, Buenos Aires, 2007, p. 28

5 J.Lacan, Séminaire 23, Le sinthome, cours du 14/4/76 inédit

6 I.Rodriguez, Lacan para principiantes, Psicoanálisis y el Hospital, N° 28, Los Sueños, p.147

7 J.Lacan, Séminaire 10 L’angoisse, inédit, cours 22 du 12/6/63. Cf. Ídem

8 J.Lacan, 1974/10/29, Conférence de presse au Centre culturel français à Rome. 

9 R.Harari, op.cit, p.139

10 J.Lacan, Séminaire 23, Le sinthome, cours du 18/8/75, inédit

11 J.Lacan, Séminaire 25, Moment de conclure, inédit

12 J.Lacan, op.cit.